VERS 1370-1333 AV.J-C Épouse royale de la XVIIIe dynastie Égyptienne. Femme de pouvoir au parfait profil.

VERS 1370-1333 AV.J-C

«Adorer pour redorer»

Nefertiti

Chère Nefertiti, quelles étaient vos motivations avec votre époux en établissant le culte d’Aton ?

Il nous fallait changer de trajectoire. L’obscurité gagnait le pays, une espérance déplacée était mise entre les mains des hommes. La lisibilité des traditions s’éteignait dans les temples. Les rituels sacrés devenaient délétères, la toute puissance de l’Égypte, dévoyée. Nous avons souhaité remettre de la lumière, la lumière du vivant. Adorer pour redorer. La calomnie, les faux-semblants rendaient le culte commercial. Il fallait replacer le divin au centre de l’homme. Sortir de l’ornière dans laquelle l’Égypte, terre promise et de dieu, s’enfonçait.

Et pourquoi déménager la capitale ?

Le pouvoir devait être centralisé. En étant dans la main de pharaon, à Tell el-Amarna, il était ainsi contrôlé. Trop de mains et de main mise avec la multitude des représentants du clergé d’Amon.

Qu’apportait de neuf le culte d’Aton ?

Rien de neuf, au contraire. Un retour aux sources, à la source d’un dieu unique qui existait bien au-delà du début des règnes que vous connaissez. Recentrer le pouvoir, recentrer la parole. Tout était une question de recentrage. Renommer Aton, était redorer le blason d’Amon, en le parant d’une nouvelle lumière, d’un éclat plus puissant. Les peuples avaient été aveuglés, il fallait leur redonner la vue, le souffle de la lumière créatrice. Trop de dispersion, de diffusion, de confusion. Plus la parole est condensée, plus elle porte loin.

Mais qui était Aton ?

Une forme du soleil créateur, vu sous l’angle purificateur dans l’arc de la vie. Sa réalité est plus grande. Il doit être présent dans le quotidien et non sous une forme édulcorée. Certes, le changement fut radical, mais il était nécessaire : de nom, de capitale, de sortilèges, de florilèges, comme un nouveau code et principe de vie. Nous voulions rassembler les peuples au lieu de les diviser ; l’inverse fut obtenu. Idéalistes, peut-être étions-nous trop. Tous les deux. Notre tandem s’était équipé de forces nouvelles, mais la terre d’Égypte était dans la confusion.

Comment avez-vous vécu après la mort d’Akhenaton ?

Après la mort de mon mari rien ne fut pareil, car nous formions un couple, et il m’était impossible de marcher sur une jambe. Petit à petit, ma gloire fut effacée, ma crédibilité étouffée, on me mit dans l’ombre, à l’écart, sachant que seule, je ne pouvais rien. Seul, notre couple en tandem pouvait officier. Plus qu’une roue sur le char du soleil. C’était inaccessible. J’ai attendu, souhaité la fin de ma vie, puisque ma mission s’était terminée inachevée, avait été écourtée. Je me suis isolée, résignée, et ai souhaité que toutes ces forces qui m’avaient poussée à procurer un nouveau visage à la terre d’Égypte s’évanouissent, jusqu’à être anéanties.

Toutânkhamon était-il votre fils ?

[Silence] … Un enfant sur le tard. À sa naissance déjà, nous sentions les prémices de la fin de notre règne et avons su que ce ne serait pas lui qui prendrait la relève.

Était-il votre fils de sang ?

[Silence] … Non, semble-t-il… Il s’agit d’une adoption1. Il était touchant, nous avions espéré qu’il prendrait notre suite, mais très vite nous avons compris que non. Il manquait d’envergure et de charisme. Merytaton2 était notre fille vivifiée, elle avait notre sang. Toutânkhamon avait une revanche à prendre sur elle. Il a réussi, on parle de lui. Elle, est tombée dans l’oubli, comme nous avons été écartés. Que dire de plus de Toutânkhamon ? Ce n’est pas ce qui reste qui explique et honore la puissance des règnes… Toutânkhamon à su manœuvrer politiquement, a restauré une image, mais qui n’était pas la nôtre. Un bâtard aux dents longues, voilà ce que l’histoire à tort n’a pas retenu. Ce que l’on voit n’appartient pas forcément à ce que l’on devrait connaître.

Votre buste est célèbre, votre beauté aussi…

Un cadeau, une grâce. Oui, il me ressemble. Une beauté inaccessible. Thoutmôsis3 était très habile et mon visage si dessiné, somme toute assez facile dans ses proportions à exprimer. Une sorte d’exercice de style, une figure de style, voilà comment on m’a vue. Il régnait dans notre couple une unité d’âme, même si j’en étais probablement le moteur, car Akhenaton visait un idéal. Un tandem de couple royal comme il y en eut peu – peut-être Amenhotep III  et sa femme. Il fallait des hommes qui acceptent de régner en binôme. J’avais apporté un vent nouveau sur cette terre d’Égypte, mais me sentais liée d’amour à ce pays. Victime de mon destin en un temps pas prêt à l’accueillir. El-Amarna a été construite de toutes pièces, à un rythme record. Sur cette terre d’Égypte, les lieux stratégiques devaient être maintenus par la force de leurs gloires passées. Nous n’aurions pas dû migrer. En nous mettant à l’écart, nous avons dessiné la suite. Nous aurions dû nous implanter là où le pouvoir central était vivant. On nous a considérés comme des étrangers, alors que nous ne souhaitions, au contraire, que le retour de ce pays à ses origines, avant que celles-ci ne fussent trahies et dévoyées. Un véritable quiproquo. Puisque la parole m’est donnée… oui, j’ai un sentiment de non accomplissement. Mais comme malgré nous, car nos cœurs y étaient, et nous avons exprimé nos choix dans la lignée de nos âmes. Et cela, on ne peut nous en faire le reproche. J’ai eu le temps avant de mourir, non comme mon époux, de comprendre et vivre l’histoire de notre chute jusqu’au bout

  1. Une analyse d’ADN a prouvé que Toutânkhamon est le fils d’Akhenaton et probablement de sa sœur, dont la momie surnommée Younger Lady a été découverte dans la vallée des Rois, dans la tombe KV35.
  2. Ainée des six filles de Nefertiti.
  3. Thoutmôsis, sculpteur officiel d’Akhenaton.

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Vos commentaires
30.11.2020 | Haniel

Une belle synchronicité que de lire cet article/dialogue en rentrant d’Égypte – je lisais justement le livre de Naguib Mahfouz sur Akhenaton… Je me suis retrouvée sur les pas de la Sainte Famille aux monastères de Wadi el-Natrun (4e siècle) où un moine nous a accueillis et expliqués en détail les aspects de la chrétienté copte inspirée directement des temps pharaoniques. La ferveur en continue depuis des millénaires … Akhenaton et Nefertiti ont planté une graine sur les berges du Nil qui a encore besoin de s’épanouir dans notre cœur – trés d’actualité !

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