356-323 L’un des plus grands conquérants de l’histoire ; il fut élève d’Aristote.

356-323

«Les nouvelles conquêtes ne sont plus sous le pas d’un cheval !»

Alexandre le Grand

Comment comprenez-vous notre époque ?

La carte du monde a rétréci et vous voilà tous bien à l’étroit dans vos contrées. Le temps et l’espace se sont raccourcis en même temps qu’accélérés. Il y avait en mon temps, certes, plus d’insouciance dans la mesure de nos connaissances et un air de l’espace animait le souffle. Le souffle de l’avancée. Aujourd’hui l’élan, l’allant, n’est plus le même. Il y avait comme un chemin vers l’horizon guidé par le ciel. Aujourd’hui à l’inverse, vous cherchez les chemins de l’exaltation en vous orientant sur la progression dans le temps1 et non dans l’espace qui est le vôtre2. Comme si tout s’était rétréci et que l’homme en pensant voir plus loin, plus haut, avait réduit son allant et les pouvoirs de son allure. Il y avait une autre soif, nul besoin d’aller à la conquête de soi, car nous étions intimement liés au cosmos et à la Terre, et cette reliance nous donnait tout notre sens, guidait nos sens. Aujourd’hui, c’est comme si vous avanciez à reculons dans vos avancées.

Aller de l’avant, qu’est-ce que c’est ?

[Sourire]… Là où je suis, la question est ironique et il m’est bien difficile d’y répondre. Dans le ciel, seules les étoiles filent. Nos trajectoires sont autres, elles informent, mais ne dessinent pas.

Parlez-moi des flux de migrations ?

De tout temps elles ont eu lieu et beaucoup plus que ce que vous pensez. On se battait pour les richesses d’un territoire (vous aussi encore), mais les guerres étaient plus circonscrites et il y avait toujours un havre de paix possible quelque part en son pays. Les choses se sont globalisées. Faits et causes communes3 sont les lois des migrations d’aujourd’hui. Il est indéniable qu’elles vont s’accentuer car nul n’est maître en son pays et nul ne doit être l’esclave d’une situation. Aussi, je l’ai déjà dit, les frontières à protéger sont personnelles… le respect de soi… et cela pour le bien de tous, pour l’unité de la planète. Chaque pays tire la couverture à lui, mais il faudrait ne considérer que les contours des océans, les reliefs des terres émergées, et les énergies sous-jacentes pour envisager le globe. Car, là aussi, c’est du global dont est responsable chaque parcelle d’âme qui habite la Terre, peu importe sa nationalité. Il n’est plus question de nation, ce n’est pas le pays où l’on naît qui forge aujourd’hui l’être, mais la période, cette époque que tous vous habitez avec les mêmes responsabilités.

Où êtes-vous enterré ?

Dans un désert bien gardé… en Mésopotamie… Un mausolée aménagé par ma mère. J’avais une relation forte avec ma mère. Ma conquête, mon empire je les dois à cette relation complexe avec mon père, qui n’était pas mon père4. Je voulais l’impressionner et le dépasser. J’avais en moi la fougue et rien ne m’aurait arrêté. La fougue de mon âge, la soif d’aller plus loin, de caresser toutes les terres et d’embraser les ciels, comme si j’avais souhaité réunir les langues, les pays et les hommes dans une grande utopie. J’avais voulu instaurer une forme d’âge d’or autour du ventre de la Méditerranée.

Parlez-moi de l’Égypte, d’Alexandrie

Grande puissance et richesse de l’histoire, mais à mon époque tout le croissant était fertile. Port ouvert et capitale qui attirait le monde pensant. Après moi, une pépinière de grands esprits réunis là pour penser le monde des sciences à la philosophie sans cloisonnement et dans la digne idée du partage des connaissances. Noyau de la pensée, centre autour duquel tournaient les rayons comme un soleil pour faire avancer la connaissance. Une mise en commun de ceux qui comptaient comme les plus grands esprits libres de ces siècles. Le cœur de réflexions pour faire avancer la roue… mais après la dissolution… c’est-à-dire l’incendie provoqué de la grande bibliothèque5, ce creuset a été anéanti. Ce hub, diriez-vous, aurait pu dans le partage faire infléchir le monde vers un savoir commun, et donner à l’histoire un tournant différent. La perte de ce lieu a été déterminante dans l’évolution des connaissances. Il y a eu dissémination des graines6 au profit d’entreprises de pensées individuelles et de religions qui voulaient assurer le contrôle des savoirs. Un lieu devrait de nouveau voir le jour pour la mise en commun de tous les savoirs.
Comme vous de l’Europe, je voulais faire de l’Asie, l’Asie Majeure. Le centre, le berceau des hommes de foi, des hommes de loi. Une sorte de nombril pour les siècles à venir. Je voulais marquer du fer rouge le berceau d’une nouvelle civilisation.

Aujourd’hui quel serait ce berceau ?

Il me semble au fond des océans, un État dans l’état actuel d’une civilisation erronée et vieillissante. Vous êtes à l’orée d’un nouveau berceau, d’un Nouveau Monde, un continent émergeant, un radeau sorti des flots. Le changement n’est plus à la mesure de l’homme d’aujourd’hui. À la Terre de s’exprimer, de dessiner ses continents, d’appeler sa nouvelle géographie, de reconquérir ses territoires et de se refaire une virginité. Les nouvelles conquêtes d’unité ne sont pas dans les mains d’un homme, ni sous le pas d’un cheval. Elles sont géodésiques.

Quels conseils souhaiteriez-vous donner ?

Redessiner les contours intérieurs, connaître ses frontières et les préserver des envahisseurs de l’âme et du cœur. Dans les capacités de l’homme à gagner du terrain, il ne s’agit plus de frontières terrestres, mais de rides sur les visages et de lignes de la main. La carte du devenir de l’homme est dans la paume de sa main, son destin… Le territoire est le chemin de Vie, celui dessiné dont on choisit ou pas de suivre la ligne de conduite. Les axes ne sont plus les points cardinaux, mais les points d’attaches aux règles de vie, à l’environnement que l’on se construit. La conquête n’est plus dans la terre de l’autre, mais dans le terroir terré au fond de soi.

Que faites-vous maintenant ?

Je parcours de nouveau les chemins qui ont été les miens et connaissant ces routes par cœur, les redessine avec mon cœur. Je veille sur les territoires que j’ai traversés, tel un gardien de ces routes. La violence aujourd’hui est bien plus grande et je constate mon impuissance dans les conflits. Ce croissant qui m’était si cher se déchire et toute l’unité que j’avais souhaitée a été mise en miettes. J’essaie comme je peux d’intervenir, mais Alexandre n’est plus le grand et mon impuissance me pèse. De là pourtant, de ce pourtour méditerranéen, terre des dieux et des étoiles, la paix sur le monde pouvait régner. Irradier. Le conflit maintenu est une bombe à retardement, qui avec un seul coup de pouce pourrait anéantir toute la civilisation… alors que le nectar des dieux ne demanderait qu’à couler à flots. L’homme doit reprendre son pas, retrouver la cadence de ce pour quoi il est ici, et comment la Terre dans ses chemins est là pour l’accompagner dans ses lignes de Vie. Tout est là, au creux de sa main. Me voilà bien désespéré, et les conquêtes que j’ai faites étaient bien plus faciles que la tâche et ce pour quoi je lutte aujourd’hui. Les hommes s’abritent derrière des croyances pour faire la guerre. Il est temps que ces boucliers tombent et que chacun mis à nu ne soit plus mis à mal. Les faux pouvoirs, les faux-semblants sont devenus des armes de guerre. La conquête en mon temps était celle de l’unité et c’est de celle-ci dont il faut faire bon usage aujourd’hui. Les hommes me semblent sourds, puissent-t-il m’entendre de là où je suis

  1. Comprendre le progrès.
  2. La conquête de l’espace.
  3. Causes économique, politique, écologique. 
  4. Philippe II de Macédoine mort assassiné.
  5. La grande bibliothèque aurait été fondée après la mort d’Alexandre par son général Ptolémée qui reçut l’Égypte en héritage. 
  6. Les ouvrages préservés ont été disséminés de par le monde.

À LIRE ET À VOIR

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Vos commentaires
30.11.2020 | Monica Godivier

Alexandre a marqué une période de l’histoire dans son temps… si je pouvais avoir la fantaisie de croire à tes dialogues, je pousserais tous ces personnages à devenir des super-héros… pour nous donner un petit coup de pouce à réparer notre jolie planète avec une espèce humaine en décadence…
Continue, ça ne peut pas faire du mal…
😇✌😘

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