1869-1948 Militant politique pour l’indépendance de l’Inde. Guide spirituel.

1869-1948

«La vérité enfin va devenir le gouvernail et l’amour le carburant»

Gandhi

Quels messages pour le monde ? (entretien de janvier 2019)

Sur le sol, pieds nus j’ai foulé la terre, ai été refoulé. Dans le silence et la solitude, la richesse du temps sourit, les fleurs embaument. Seul contre tous, puis tous unis… J’ai vécu, subi, puis transporté la foule. J’aimerais parler des mouvements de foule, car la marée humaine comme une vague peut emporter le destin d’un pays, changer le cours des événements, se faire lame de fond ravageuse pour le mal, mais aussi pour le bien commun. Face à cela, l’unité, l’indivisible, l’individu doit occuper sa stature1. Le silence permet de retrouver cette unité de départ, le point d’origine de la création, la graine, l’essence qui vous constitue et que, vivant, l’on ne regarde pas assez. C’est dans l’isolement et le silence que l’on peut la retrouver, s’adresser à elle et comprendre que c’est à partir d’elle que nos racines, nos influences peuvent étendre leurs bras. Le retour au noyau dur de la création qui réside en toute chose. Aussi j’aimerais parler de dispersion, de dilution, de perte de l’essence, comme dans un parfum. Vivre de vapeurs est volatile2. L’essence du parfum est éternelle et agit sur notre part animale, celle qui est coupée du mental.

Parlez-moi de la liberté des peuples…

J’en reviens toujours à la même chose : la liberté individuelle. En Inde, il y avait fort à faire pour se débarrasser du joug du colonialisme, mais la liberté passe avant tout par la liberté de chacun, c’est là que le travail est le plus puissant. La liberté intérieure, libérée des liens, des réactions en chaîne de l’instinct et de l’affect. L’indépendance c’est ne pas avoir à se défendre, cela veut dire ne jamais se sentir attaqué, ni avoir le besoin d’être protégé. Se sentir assez fort pour conduire sa barque.

Comment se libère-t-on alors ?

L’obéissance à soi-même passe par le cœur. L’amour de soi et non la dépendance. On se croit dépendant de l’air, de la nourriture, des températures, mais en réalité seul le corps est dépendant de ces paramètres, non ce qui constitue l’essence de ce que vous êtes. C’est l’âme qui vous dit qu’elle se sent enfermée dans ce corps que vous lui avez choisi . Mais c’est simplement l’incontournable état  pour une alchimisation de son parcours. Les âmes dessinent leur mandala3, choisissent la configuration de leur être, en fait c’est à vous-même que vous avez choisi d’obéir en premier lieu, mais vous l’avez oublié. Donc la liberté c’est celle que vous vous donnez pas celle que l’on vous a peut-être prise. L’âme elle-même en choisissant le désir de vivre, le droit de s’incarner, se retire de son essence éternelle, se sent à l’étroit dans son corps, aussi est-il nécessaire de lui rappeler qu’elle rentrera un jour chez elle. En fait chacun est le père et la mère de son essence. Aussi doit-il veiller à son confort et à son éducation.

Comment l’homme peut-il s’éduquer ?

En comprenant cet axe vertical qui le constitue. Autant de la Terre que du ciel. Il arpente ses lignes, s’éduque en écrivant son histoire, chaque geste, parole, sentiment est un mot de cette éducation, la cause et l’effet de tous les éléments constitutifs de ce parcours. Rien n’a moins ou plus d’importance, tout est égal. C’est pour cela que la fourmi est aussi grande que le tigre. L’infiniment petit joue sa part divine. Tant de siècles de souffrances et d’idées reçues à effacer, jusque dans les mémoires des corps… aussi cela peut prendre du temps, à moins que cela ne se fasse rapidement !

Comment ? Pour quelles raisons ?

Car vous n’aurez pas le choix, plus le choix, cela ne sera pas un choix personnel, ou idéologique, mais une nécessité vitale, les hommes se sentiront face à l’adversité et feront cause commune.

Quelle adversité ?

Un événement extérieur, incontournable, qui montrera que l’homme ne peut pas tout contrôler.

De quelle nature ?

Je ne le sais pas.

Vous pensez que la race humaine peut s’éteindre ?

Je pense qu’elle peut migrer et la Terre sera comme un conservatoire. La nature reprendra alors le dessus sur l’homme, et la Terre sera ainsi sauvée pour quelques millénaires. Vouloir repousser la mort : une déviance, une coquetterie, qui pourrait coûter cher à la divinité de l’homme. Un chemin à rebrousse-poil.

Parlez-moi de l’écologie…

On en fait une école, des principes, cela devrait être une attitude aussi présente que l’instinct de respirer. Veiller à la Terre c’est s’assurer du maintien de la vie. Il n’y a pas de cloison dans le vivant. Le vivant appartient à un seul et même système d’organisation et de développement. L’écologie n’est pas une philosophie, une éthique, une religion, une politique. L’homme et le vivant ne doivent pas être dans la protection, mais dans le respect. Si le respect est le moteur de tout acte, de toute pensée, alors le respect de la vie qui nous habite devient une attitude aussi naturelle que celle de respirer. La vie est le plus beau des cadeaux. Vous ne vous rendez pas compte du pouvoir de la vie, vous croyez au pouvoir des morts parce qu’il est d’une autre nature, mais rendez-vous compte du pouvoir des hommes vivants. La nouvelle perception de l’écologie serait cela : le respect et la justification4 du vivant, quel qu’il soit et où qu’il soit. Même dans une sculpture, il y a du vivant. Tout ce qui n’est pas vivant, qui va à l’encontre de la vie, devrait être condamné, que cela soit dans la nourriture, les pensées et même les objets. Les promesses du vivant doivent être louées. L’énergie salvatrice de la race humaine se trouve là. Après, à chacun sa manière d’y accéder, de la célébrer. Là encore la diversité crée la richesse de l’histoire de la Terre.

Quelle est votre point de vue sur les religions?

Les abus de pouvoir ont fait leur temps, maintenant ce qui compte c’est ce qui relie les hommes.

Est-ce Dieu ?

Certainement quelque chose hors d’atteinte, mais cela s’appelle-t-il Dieu ? Le tronc commun aujourd’hui est l’âme de chacun, la part du trésor que chacun trouve en lui, cette part divine justement. Les animaux : regardez-les comme vos frères et sœurs. Regardez au fond de leurs yeux, cherchez leur âme, vous y verrez la vôtre.

Qu’avez-vous à dire sur ce que nous vivons en ce moment ? (entretien du 5 mai 2020)

L’aboutissement enfin de nos démarches et de nos marches. L’union des peuples. Ce que j’ai prôné et qui se met en route sous vos yeux. La réalisation d’une aspiration qui m’était chère, que les hommes marchent main dans la main. Ce qui se passe est encore plus important que ce que j’aurais imaginé ou pu fédérer. Cette unité à laquelle j’aspirais, vous ne le voyez pas encore, mais elle est à l’horizon, c’est ce soleil levant, vers lequel l’humanité toute entière se dirige à grands pas. Enfin l’orée des temps nouveaux, vers la paix et la justice. Voilà ce que j’ai envie de vous dire : la vérité enfin va devenir le gouvernail et l’amour, le carburant. Les deux vecteurs essentiels pour la réalisation des hommes. Changement de paradigme bien sûr, nouvel horizon. Il en allait de la survie de la race humaine. La date limite avait été atteinte, l’horloge a maintenant sonné, la roue est en marche, pas de machine arrière. Ceux qui ne souhaitent pas cet horizon descendront du train en route.

Vous parliez de désobéissance civile… Quelle serait-elle aujourd’hui ?

Je souhaite en effet revenir sur ce terme. Il ne s’agit peut-être pas de désobéissance, mais plutôt du choix d’une liberté, car l’obéissance d’ici peu de temps sera si ridicule que vous vous en moquerez comme on le fait d’un professeur (comprendre d’une autorité) que l’on ne respecte plus. Il n’y aura obéissance qu’à vous-même, à vos valeurs, celles que vous aurez reconnues, les valeurs de l’autorité se seront effondrées, donc les bons élèves ne répondront plus à l’appel devant le désordre, les contre-ordres, les quiproquos, les aveux et les désaveux. Pas de totalitarisme, car les despotes vont perdre leurs moyens de pression. On ne pourra plus faire chanter les hommes quand ils se seront mis à chanter pour eux-mêmes… le chant de leur vie, et non plus les hymnes nationaux des maîtres-chanteurs. La cohérence des peuples versus celle des nations. Le corps et non les corps constitués. L’autorité ne fonctionnera plus car vous ne serez plus les esclaves de vos maîtres. Alors, peut-être, devrais-je parler d’une phase de résistance, de non pollution, comme si vous deviez vous fermer à ce que l’on vous dit pour rester dans le discernement. À force d’être trimballés entre des faits énoncés comme des vérités qui deviennent des contrevérités vous prendrez votre parti. Voilà quelle est la politique de demain : une politique citoyenne, démocratique au véritable sens du peuple. Le pouvoir sera autre et certainement pas celui de la domination. Il n’y aura plus de dominé et de dominant. Le pouvoir sera dans la capacité individuelle à obéir à son cœur

  1. Sa grandeur, sa pleine dimension.
  2. Comprendre : dont le contenu s’efface, s’évapore très facilement.
  3. Dessiner son mandala c’est une manière de toucher du doigt son intimité profonde.
  4. Comprendre : la place.

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Vos commentaires
30.11.2020 | Catherine Willis

Vive Gandhi. Vive aussi la merveilleuse Vandana Shiva que tu connais sûrement… Merci pour ce texte. Oui, les temps sont venus d’un changement de paradigme, d’un monde lié à la célébration de ce qui nous a été donné, de la reconnaissance et de l’altruisme.

30.11.2020 | Anne-Marie

Merci pour ce message d’espoir dont on a bien besoin en ces temps bousculés

30.11.2020 | Anne des Courtils

«la liberté, c’est celle que vous vous donnez …»
merci Valérie pour ce formidable entretien !

30.11.2020 | Patricia Saalburg

Tout était dit en 2019.
Chaque mot résonne aujourd’hui.
Merci Gandhi ! Merci Valérie pour cet écrit.
Patricia

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